mercredi, août 16, 2006

Reseda luteola dans la vallée du Célé

La Gaude ou grand réséda dans la Vallée du Célé

Reseda luteola est le plus rare des trois Résédas du Lot.

Les stations de cette Résédacée sont assez peu fréquentes sur le bord des routes et des chemins du Lot. Il me souvient d’en avoir repéré une importante à la sortie du village d’Ussel, et d'être repassé quelques jours plus tard alors que l’épareuse communautaire l’avait tondue allégrement.

Par contre j’en ai vu des exemplaires à l’Abbaye Nouvelle, commune de Léobard, dans les environs de Gourdon dans la partie ruinée du bâtiment , reste probable d’anciennes très anciennes cultures ponctuelles de cette plante tinctoriale estimée au Moyen-Age , et dont la culture avait presque disparu déjà au 18° siècle.
A l’Abbaye Nouvelle à l'automne, les petites rosettes caractéristiques étaient facilement repérables: en effet les limbes des feuilles portent alors en travers de nombreuses ondulations parallèles. La plante est bisannuelle et fleurit l'année suivante.

La Gaude , c’est donc une plante tinctoriale importante: l’intensité et la luminosité de la couleur jaune qu’elle fournit sont uniques. Comme le Pastel, donnant lui un indigo, et aussi anciennement cultivé, elle semble présente dans le Lot en stations disjointes. Je n’ai pas trouvé de nom occitan particulier .

Le jaune a été longtemps la couleur de l’exclusion, voire de la folie; il ne faut donc pas s’étonner de voir nommer la Gaude l’herbe des Juifs; elle a servi en particulier à teindre le bonnet pointu et la rouelle, petit rond d’étoffe teint en jaune portés jusqu’à la Révolution Française par les populations des communautés juives, en particulier celle du Comtat Venaissin. Cette obligation a démarré en France sous le règne de Saint Louis. On sait qu'elle a perduré récemment sous une autre forme et dans un autre pays pour le déshonneur de l'humanité.

Le besoin de grosses quantités de colorant avait créé dans diverses régions de France tout un circuit de culture et de commerce qui s’effondre avant le 18°siècle.

Tout ce passé historique chargé fait que je reste toujours attentif à la présence de cette plante qui peut atteindre 150cm de hauteur, et qui produit un nombre important de graines.




Je connais la station de la Vallée du Celé depuis plus de vingt ans, au pied de la grande falaise entre Conduché et Cabrerets. Le groupe d'individus photographiés a poussé sur le bord de la route, juste en face d’un petit emplacement de stationnement.

En faisant une recherche Web rapide sur l’utilisation actuelle, nous avons trouvé une entreprise allemande qui commercialise le colorant sous forme de brindilles provenant des plateaux d’Anatolie; en France, il semble que l’on le cultive à Chemillé, dans le Maine et Loire , et que le Critt agricole de Rochefort sur mer mettant au point de nouvelles techniques d’extraction des colorants a présidé à la naissance d’une entreprise Couleur des plantes .

Ce secteur des plantes tinctoriales, qui intéressait de façon confidentielle au départ le milieu baba-cool, s’est musclé en France avec la sortie chez Delachaux et Nieslé en 1990 de l’incontournable Guide des teintures naturelles de Dominique Cardon illustré par G.du Chatenet. Il semble qu’avec les craintes actuelles de l’utilisation de produits chimiques mal connus dans leurs interactions éventuelles sur l’espèce humaine, les colorants naturels se voient réhabilités, bien que les coûts de main d’oeuvre des récoltes ne soient pas en leur faveur.
Vous pouvez ainsi lire sur le sujet une mise au point de Marion Tours, Les plantes ont du pigment, dans l’Express du 6/6/2002.

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